ocms_1320618082208La première chapelle

Un ermite du nom d’Ulrich (Uldaricus) vivait autour de l’année 1400 au Schauenberg (Monsvisionis). Il y avait construit une chapelle et une petite maison et vénérait son propre patron saint Ulrich (évêque d’Augsbourg de 923 à 973).

Les habitants de la région commencèrent à venir en pèlerinage à l’ermitage. Celui-ci échappa probablement aux ravages des bandes d’Armagnacs (sévissant sur la région pendant la guerre de cent ans) qui détruisirent Gueberschwihr et Pfaffenheimen 1439. Un document de l’évêché de Bâle (dont dépendait la région) parle de «Sainte Marie de Schowenberg» témoignant ainsi de la vénération de la Vierge Marie dans la petite chapelle.

Une guérison «miraculeuse»

D’après trois documents du 18e siècle se fondant sur des archives  antérieures et exprimant des traditions orales, l’année 1446  (6 ans après l’exécution de Jeanne d’Arc) fut décisive pour le Schauenberg. D’après ces sources, en 1446 un envoyé de la Landgräfin de Hesse – probablement Anne épouse de Louis 1er le pacifique – vint au Schauenberg «pour y prier et obtenir la guérison de la princesse». La Hesse est située au nord-est de Frankfort, à environ 400 kilomètres du Schauenberg… L’envoyé apporta avec lui une statuette de la Vierge à laquelle la malade semblait tenir beaucoup.

Le pèlerinage fut efficace. La Landgräfin fut guérie. Le messager laissa la statue sur place. La tradition dit qu’il fut impossible de la détacher du lieu ou elle avait été placée. On vit dans cet événement un signe de Dieu demandant de vénérer cette image de Marie au Schauenberg. Depuis cette guérison «miraculeuse» et à cause de la présence de la statue au sanctuaire, le nombre de pèlerins au Schauenberg va croissant.

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Reconnaissance officielle

En 1483 (9 ans avant la «découverte» de l’Amérique), les habitants de Pfaffenheim demandèrent à l’évêque de Bâle la reconnaissance officielle du pèlerinage. La requête fut accueillie favorablement, et  «Notre Dame du Schauenberg» érigée en chapellenie, avec un chapelain ayant droit à une rente annuelle en argent, vin et blé


ocms_1320618288567Nouvelles chapelles

Une nouvelle chapelle fut construite en 1515 à l’emplacement et selon la même orientation que l’ancienne. Selon la tradition populaire, le diable pour empêcher la construction aurait lancé une grosse pierre sur le chantier. Mais au cours de sa trajectoire elle est devenue molle et ne produisit aucun dégât. Vous pouvez encore voir cette pierre à une centaine de mètres en contrebas de la chapelle et vous souvenir des fantasmes et de l’imagination fertile de  nos ancêtres sans oublier de rechercher les traces de doigts du diable sur la pierre redevenue dure.

ocms_1320618348997Cette deuxième chapelle n’a pas été touchée par la guerre des paysans en 1525. Mais vers la fin du siècle la première statue a disparu. (La colle –même d’origine «miraculeuse» n’est pas éternelle). On remplace la statue. Aujourd’hui on peut se faire une idée de la première, grâce à une image trouvée (en 1976) dans un bréviaire du 16e siècle. À la fin du 17e siècle la chapelle s’avère trop petite pour accueillir les fidèles. En 1685 on entreprend la construction d’un nouvel édifice, non plus orienté ouest/est comme auparavant, mais sud/nord à cause de la disposition du terrain. Entre-temps le pèlerinage fut confié aux Franciscains de Rouffach. Ils achevèrent la construction, firent consacrer la chapelle en 1695, construisirent un couvent à la place de l’ancien ermitage, développèrent la pèlerinage et l’animèrent spirituellement pendant près d’un siècle. Ils quittent les lieux pendant la Révolution en 1791.

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XIXe et XXe siècles

Le pèlerinage vendu comme bien national fut abandonné pendant 20 ans. Il sera rendu au culte en 1811 (Translation solennelle de la statue le 3 septembre). Le XIXe siècle fut celui du renouveau. Le pèlerinage placé sous la responsabilité du curé de Pfaffenheim, devint pèlerinage paroissial exerçant rayonnement et attirance sur les villages voisins (processions, fêtes régulières, ex-voto…). La chapelle fut entièrement rénovée, les vitraux réalisés et le mont des Oliviers érigé. Mais le sanctuaire fut en partie endommagé pendant la guerre de 1870 – 1871. Au cours du Xxe siècle la vitalité et la ferveur des pèlerins ne faiblit pas. La statue, volée en 1912, fut retrouvée rapidement. Le sanctuaire fut épargné pendant les deux guerres mondiales. La deuxième partie du siècle voit de grandes rénovations : nouveau retable (1947), nouveaux vitraux de la chapelle latérale, restauration du couvent, amélioration des accès et création d’un parking (1960 – 1964), rénovations de la chapelle (poutres rendues apparentes, bancs provenant originellement de Saint Pierre le Vieux à Strasbourg, Christ en bois du XVIIIe siècle derrière l’autel), réalisation d’une salle pour les pèlerins (1973), rénovation du clocher et installation de cinq nouvelles cloches en 1998.

Le lieu

«Il est des lieux où souffle l’Esprit ». Non parce qu’il y est  plus présent qu’ailleurs, mais parce que ces lieux aident ceux qui y viennent à être plus disponibles aux suggestions de l’Esprit. On peut s’y remettre face à soi-même et à ses relations, face à l’orientation de sa vie, face aux décisions à prendre et aux conversions nécessaires pour repartir renouvelé par l’Esprit.Le Schauenberg, comme de nombreux lieux de pèlerinages à travers le monde, est un de ces lieux ou «souffle l’Esprit».

Le regard

Il y a six siècles on s’interpellait :
«Regarde la montagne» – «Schau-en-Berg !»
La montagne nous l’avons vue de la plaine. Nous y sommes montés. L’interpellation peut-être inversée :
«Regarde le pays ! » – « Schau ins Land ! »
C’est toujours de regard qu’il s’agit.

Regardons la terre

Devant nous : des villages, des clochers, des maisons, des  champs, des vignes, des routes, des usines. Une terre où vivent des milliers de femmes, d’hommes, d’enfants. En venant nous avons peut-être croisé leur regard. Que d’inquiétude et d’espoir, de peine et de joie, de résignation et de générosité cachent ces visages, ces toits et ces murs… Plus loin, la vallée avec ses marais, ses forêts à protéger et le Rhin, jadis frontière aujourd’hui trait – d’union. La Forêt Noire marque l’horizon.
Mais comment bloquer aujourd’hui le regard aux limites de notre champ de vision ? Au delà nous pouvons rejoindre six milliards d’êtres humains, nos contemporains depuis Mourmansk jusqu’à Tananarive depuis le pays de Bade-Wurtemberg jusqu’aux Amériques… .Non pas un regard virtuel qui s’évanouit quand on coupe le courant. Mais un regard qui rejoint l’Humanité réelle, avec ses craintes et ses espoirs, son aspiration à vivre décemment, sa soif de dignité  et de reconnaissance… «Nous avons été trompés» me direz-vous. «Nous sommes venus ici pour rencontrer Dieu et on nous montre l’Humanité !». On ne vous a pas trompés. A moins que ceci soit faux : «Dieu créa l’Humanité (Adam, l’Homme) à son image à l’image de Dieu il la créa homme et femme il les créa». GENÈSE1,27